Le secteur de l’intelligence artificielle connaît une croissance fulgurante, mais chaque avancée s’accompagne d’un nombre croissant de projets qui n’atteignent jamais la maturité. Selon S&P Global Market Intelligence, près de 42 % des initiatives d’IA sont abandonnées par leurs entreprises mères. Cet article recense les cas les plus marquants de 2025‑2026, en montrant que même les acteurs majeurs ne sont pas à l’abri d’un revers.
Les géants ne sont pas à l’abri des revers
OpenAI a longtemps été perçu comme le fer de lance de l’innovation IA. Pourtant, plusieurs de ses tentatives de consolidation ont échoué. En juillet 2024, la société a fusionné les modes « Chat », « Codex » et « Work » dans une version « super app » de ChatGPT. L’interface, jugée confuse, a été rapidement retirée après les critiques des utilisateurs.
Par la suite, OpenAI a fermé ChatGPT Atlas, un navigateur web autonome, moins d’un an après son lancement, absorbant ses fonctions dans l’application principale. De même, l’agent Operator, capable de naviguer et d’accomplir des tâches, a été intégré directement à ChatGPT. Le service de génération d’images DALL‑E a vu son rôle diminuer au profit d’une intégration native dans le chat. Enfin, la plateforme vidéo Sora a été arrêtée en mars 2026 en raison de coûts d’exploitation élevés et d’une faible rétention d’utilisateurs.
Startups et produits qui ont fermé leurs portes
Le phénomène n’est pas limité aux géants. De nombreuses startups ont vu leurs ambitions s’éteindre face à la concurrence des plateformes intégrées.
Relay – L’automatisation à la concurrence des géants
Relay, lancé comme une alternative à Zapier, proposait l’automatisation d’e‑mails et de tâches via des agents IA. En 2026, la pression des géants comme OpenAI et Google, qui ont intégré des fonctions similaires dans leurs propres outils, a rendu le produit obsolète. La société a fermé ses services le lundi précédant la rédaction de cet article.
Humane AI Pin – Le pari matériel qui a flambé
Humane a levé 230 millions de dollars pour son dispositif portable « AI Pin ». Malgré l’engouement initial, le produit a souffert de performances médiocres et d’un problème de sécurité lié à la batterie. En février 2025, la société a cessé ses activités, vendant la plupart de ses actifs à HP pour 116 millions de dollars.
Rabbit R1 – L’assistant domestique qui n’a pas convaincu
Lancé au CES 2024, le Rabbit R1 promettait d’être un compagnon IA capable de contrôler des appareils et d’exécuter des tâches. Bien que 100 000 unités aient été vendues rapidement, les critiques ont souligné un produit incomplet et des intégrations limitées. La société continue d’ajuster le dispositif, mais a déjà annoncé un nouveau projet « Project Cyberdeck » orienté vers le codage portable.
Notion Mail – L’e‑mail IA qui n’a pas trouvé son public
En avril 2025, Notion a lancé Notion Mail, un service d’e‑mail assisté par IA. Les utilisateurs préféraient toutefois recourir à des agents externes, ce qui a conduit à la fermeture prévue du service le 22 septembre 2026.
Huxe – L’audio conversationnel dépassé
Huxe transformait du texte en audio de type podcast grâce à l’IA. La montée en puissance des outils similaires chez Spotify a réduit son audience, menant à sa fermeture en mai 2026.
Yupp – Le comparateur de modèles IA
Yupp offrait un espace gratuit où les utilisateurs pouvaient comparer les réponses de centaines de modèles IA et gagner des cryptomonnaies. Malgré une base de plus de 800 modèles, le manque de traction commerciale a entraîné la fermeture du service en mars 2026.
Figgs AI – Le théâtre interactif qui a coûté trop cher
Figgs AI permettait de créer des personnages IA pour le jeu de rôle et la narration. Après avoir atteint plus d’un million d’utilisateurs, les coûts de maintien du service gratuit se sont avérés insoutenables, conduisant à la cessation du projet en 2024.
Autres initiatives majeures qui ont été repoussées ou révisées
Apple Intelligence a annoncé une version améliorée de Siri en 2024, promettant une compréhension contextuelle avancée. Des retards répétés, attribués à des problèmes d’ingénierie, ont finalement conduit à un règlement de 250 millions de dollars lié à la commercialisation trompeuse de l’IA sur l’iPhone 16. La version IA de Siri a finalement été déployée en version bêta iOS 27 en juillet 2026, d’abord pour les utilisateurs anglophones.
Microsoft a présenté Recall, une fonction de « mémoire photographique » pour Windows, capturant périodiquement des captures d’écran afin de permettre une recherche dans l’historique de l’utilisateur. L’annonce a déclenché une vive polémique sur la vie privée. Après un an de retard et plusieurs ajustements, des chercheurs en cybersécurité ont démontré que les données capturées pouvaient encore être extraites, laissant la question de la sécurité en suspens.
Enfin, Disrupt Relay, un outil d’automatisation de flux de travail basé sur l’IA, a été fermé le même jour que Relay, soulignant la difficulté pour les solutions spécialisées de survivre face à l’intégration native des géants technologiques.
Leçons à retenir pour l’industrie
Ces échecs offrent plusieurs enseignements clés :
- Intégration vs produit autonome : Les grandes plateformes tendent à absorber les fonctionnalités prometteuses, rendant les solutions tierces redondantes.
- Échelle et financement : Même avec des levées de fonds importantes, la viabilité à long terme dépend d’une monétisation claire et d’une maîtrise des coûts opérationnels.
- Expérience utilisateur : Les interfaces trop complexes ou les performances insuffisantes entraînent rapidement la désaffection des utilisateurs.
- Respect de la vie privée : Les projets qui collectent ou stockent des données sensibles sans garanties solides suscitent des réactions négatives et des retards réglementaires.
- Adaptabilité du marché : L’émergence rapide de fonctionnalités similaires chez les acteurs majeurs oblige les startups à innover constamment ou à se repositionner.
En conclusion, le « cimetière de l’IA » n’est pas uniquement le résultat d’échecs techniques, mais reflète également les dynamiques de marché, les attentes des utilisateurs et les défis de la monétisation. Les leçons tirées de ces cas pourront guider les prochains développements et aider les acteurs à éviter les mêmes pièges.