Amazon Web Services (AWS) a annoncé que la société ne recourra plus aux accords de confidentialité (NDAs) lorsqu’elle collabore avec des agences gouvernementales pour la construction de nouveaux data centers. Cette déclaration, faite par le PDG Matt Garman, intervient dans un contexte de méfiance croissante des collectivités locales et d’activistes environnementaux à l’égard des projets de centres de données, perçus comme opaques et potentiellement nuisibles.
Fin des accords de confidentialité : un revirement stratégique
Le retrait des NDAs constitue, selon AWS, un pas vers une plus grande transparence. Garman a souligné que, depuis trois ans, Amazon a investi plus d’un milliard de dollars dans les communautés où elle possède des installations, et que la suppression des clauses de confidentialité vise à renforcer la confiance avec les autorités locales et les citoyens. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large visant à contrer les accusations selon lesquelles les data centers seraient construits « sous le radar » des populations concernées.
Les mythes autour des data centers
Garman a également tenté de démystifier quatre idées reçues qui alimentent la opposition :
- Consommation d’eau : Selon un rapport interne d’Amazon, la consommation directe d’eau des data centers représente seulement 0,5 % de l’usage industriel national, bien en dessous de secteurs comme l’agriculture d’amandes ou les terrains de golf.
- Coût de l’électricité : L’entreprise affirme que les tarifs électriques n’ont augmenté que dans certaines régions à forte concentration de data centers, tandis que d’autres États ont vu leurs prix stagner ou diminuer grâce à des investissements dans le réseau.
- Pollution : Les générateurs de secours des data centers, souvent cités comme sources majeures d’émissions, seraient inactifs 99,9 % du temps, ne fonctionnant que pour des tests de maintenance.
- Bénéfices communautaires : Au-delà de l’investissement financier, Amazon met en avant la création d’emplois, le soutien aux initiatives locales et le développement d’infrastructures numériques.
Ces arguments sont toutefois contestés par des observateurs indépendants qui soulignent que les évaluations d’Amazon ne tiennent pas toujours compte de l’impact indirect, notamment la consommation d’énergie liée à la production de semi-conducteurs et à la génération d’électricité.
Conflits locaux et moratoires
Le débat sur la transparence s’est intensifié après les déclarations d’activistes comme Erin Brockovich, qui pointe du doigt le manque de visibilité des projets : annonces après obtention des permis, développeurs injoignables, et signatures de NDAs par les élus avant même que les résidents ne soient informés. En réponse, plusieurs États, dont New York, ont imposé un moratoire d’un an sur les permis de grands data centers. Garman indique que plus d’une centaine de moratoires similaires sont à l’étude à travers les États-Unis.
Ces restrictions pourraient, selon le dirigeant d’AWS, « mettre le pays en retard dans la course technologique », avec des répercussions qui se prolongeraient sur plusieurs générations. La crainte est que les retards dans le déploiement d’infrastructures critiques freinent l’innovation et la compétitivité américaine.
Impacts pour les communautés
La suppression des NDAs vise à rendre les projets plus accessibles aux citoyens, mais la question demeure : cela suffit‑il à apaiser les inquiétudes ? Des experts comme Dario Amodei, PDG d’Anthropic, évoquent une crise de confiance plus large, où le public perçoit les gouvernements et les géants technologiques comme des acteurs peu transparents. De même, la journaliste Jasmine Sun note que les réponses des opposants restent souvent sceptiques, même face à des arguments détaillés.
En pratique, la transparence accrue pourrait se traduire par des consultations publiques plus fréquentes, la publication des études d’impact environnemental et la mise à disposition de données sur la consommation d’énergie et d’eau. Cependant, l’absence de normes fédérales obligatoires pour le reporting de ces indicateurs laisse une marge d’interprétation importante aux entreprises.
En définitive, la décision d’Amazon de ne plus recourir aux NDAs représente une tentative de rétablir le dialogue avec les collectivités locales, tout en poursuivant son expansion massive de capacités de calcul. Le succès de cette approche dépendra de la capacité de l’entreprise à démontrer concrètement les bénéfices locaux et à répondre aux préoccupations environnementales de façon indépendante et vérifiable.