Crusoe abandonne son projet de turbines Boom de 1,25 milliard de dollars pour alimenter ses data‑centers IA

Le start‑up américain Crusoe, connu pour développer des data‑centers alimentés par des sources d’énergie alternatives, a annoncé la rupture d’un accord de 1,25 milliard de dollars avec Boom Supersonic. Ce partenariat, qui devait permettre l’installation de 29 turbines de 42 MW chacune, était perçu comme une étape majeure pour diversifier l’approvisionnement énergétique des installations IA de la société.

Contexte du partenariat entre Crusoe et Boom Supersonic

Fondée en 2018 à Denver, Crusoe a d’abord exploité des mines de Bitcoin en utilisant le gaz naturel excédentaire provenant de champs pétroliers. Rapidement, l’entreprise a élargi son modèle pour devenir l’un des plus grands constructeurs de data‑centers dédiés à l’intelligence artificielle, notamment grâce à un vaste campus à Abilene, au Texas, qui fournit de la puissance de calcul à OpenAI.

De son côté, Boom Supersonic, célèbre pour le développement de l’avion supersonique Overture, a lancé en 2022 une branche destinée à commercialiser des turbines stationnaires à gaz naturel, dérivées de son moteur aéronautique nommé Symphony. La version « Superpower » partage environ 80 % de ses composants avec le moteur de l’avion, offrant ainsi une solution énergétique à haut rendement.

En 2023, Crusoe a signé un accord avec Boom pour devenir le premier client de cette nouvelle offre. Le plan prévoyait l’achat de 29 turbines, pour un total de 1,25 milliard de dollars, avec des livraisons attendues à partir de 2027. L’objectif était d’alimenter les futurs campus IA de Crusoe, notamment le projet de 1,2 GW à Abilene, initialement prévu pour être partiellement alimenté par ces turbines.

Rupture du contrat et raisons invoquées

Le 22 septembre, Blake Scholl, PDG de Boom Supersonic, a annoncé sur le réseau X que le partenariat n’avançait plus. Dans son message, il a précisé que les turbines ne faisaient plus partie du mix énergétique « à court terme » de Crusoe à Abilene et que, par conséquent, la collaboration n’était plus logique.

Andrew Schmitt, porte‑parole de Crusoe, a confirmé la décision dans un courriel : « Nous construisons des usines d’IA à partir de la source d’énergie, et nous restons flexibles en choisissant les solutions les plus adaptées à chaque site ». Il a ajouté que l’entreprise continuait d’explorer d’autres sources, telles que le solaire, l’éolien, les batteries et le réseau électrique traditionnel, tout en conservant la possibilité de recourir aux turbines à l’avenir.

Le communiqué de Boom a quant à lui indiqué que la société livrerait environ 250 MW de turbines à d’autres sites l’an prochain, avec un objectif de 1 GW d’ici 2028, tout en restant ouvert à une future collaboration si les besoins de Crusoe évoluaient.

Implications pour les deux entreprises

Pour Crusoe, la perte d’un client phare représente un revers, mais l’entreprise ne semble pas remettre en cause sa stratégie globale d’énergie hybride. Le campus d’Abilene, déjà opérationnel, reste alimenté par le réseau électrique et dispose d’une petite centrale à gaz pour le secours. Un nouveau projet de 900 MW destiné à Microsoft sera, quant à lui, équipé de turbines à gaz sur site, démontrant que la société continue d’investir dans le gaz naturel lorsqu’il s’avère le plus pertinent.

Pour Boom Supersonic, la rupture d’un contrat de plus d’un milliard de dollars constitue un coup dur, surtout après une levée de fonds de 300  millions de dollars en 2023 destinée à commercialiser la division Superpower. La société comptait sur les revenus de ces turbines pour financer le développement de son avion supersonique Overture. Néanmoins, le PDG a indiqué que d’autres clients étaient déjà dans le pipeline, ce qui pourrait atténuer l’impact financier à moyen terme.

  • Financement de Overture : la vente des turbines devait soutenir les coûts de recherche et de certification du jet supersonique.
  • Objectifs de production : Boom vise 1 GW de capacité installée d’ici 2028, soit une multiplication par quatre de ses livraisons prévues en 2024.
  • Diversification du portefeuille : la société explore d’autres marchés industriels pour ses turbines, au-delà du secteur des data‑centers IA.

Perspectives pour l’alimentation des data‑centers IA

Le secteur des data‑centers IA continue de croître à un rythme soutenu, entraînant une demande accrue d’énergie fiable et à faible empreinte carbone. Les acteurs comme Crusoe misent sur une combinaison d’énergie renouvelable, de stockage et de sources de secours pour répondre à ces exigences.

La décision de Crusoe illustre une tendance : les opérateurs privilégient la flexibilité et la résilience du mix énergétique plutôt que de s’appuyer sur une technologie unique. Cette approche permet d’ajuster rapidement les approvisionnements en fonction des contraintes locales, des coûts et des réglementations environnementales.

En outre, la rupture du partenariat ne signifie pas la fin des turbines à gaz dans les data‑centers. D’autres entreprises continuent d’investir dans des solutions hybrides, combinant gaz, solaire, éolien et stockage par batteries pour garantir une disponibilité continue tout en limitant les émissions de CO₂.

Enfin, la situation souligne l’importance pour les fournisseurs de technologies énergétiques de bien comprendre les besoins spécifiques des data‑centers IA, qui évoluent rapidement. La capacité à offrir des solutions modulaires, évolutives et compatibles avec différents mix énergétiques sera déterminante pour sécuriser de futurs contrats de grande envergure.

En résumé, la fin du projet de turbines Boom chez Crusoe représente un ajustement stratégique plutôt qu’un revers majeur. Les deux entreprises réorientent leurs priorités, tandis que le secteur des data‑centers IA poursuit sa quête d’une alimentation à la fois fiable, économique et durable.

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