Lors d’une soirée à San Francisco, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a présenté une vision audacieuse pour son pays, mêlant relance économique, attractivité technologique et réflexion sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle. Face à un public de 250 fondateurs, investisseurs et opérateurs, il a admis ne pas disposer de réponses toutes faites aux questions soulevées par l’IA, tout en soulignant les mesures déjà engagées par la Grèce.
Une visite stratégique au cœur de la Silicon Valley
Le déplacement de Mitsotakis dans la baie de San Francisco s’est déroulé comme une véritable mission d’information. Après des visites chez Tesla, Sequoia Capital et d’autres acteurs majeurs, le Premier ministre a déclaré que le voyage visait à « construire des ponts » entre la Grèce et l’écosystème technologique américain. Il a également profité de l’occasion pour promouvoir la Grèce comme destination d’implantation pour les entreprises technologiques, rappelant que le pays devrait retrouver le statut de marché développé dès l’an prochain, selon MSCI.
Points clés de la visite :
- Rencontres avec des leaders de la tech et des investisseurs.
- Visite de sites emblématiques de l’innovation.
- Promotion de la Grèce comme hub européen attractif.
Des réformes économiques et fiscales pour attirer les techs
Durant son entretien, Mitsotakis a mis en avant les performances économiques de la Grèce. Le pays rembourse sa dette à un rythme record et bénéficie de taux d’intérêt plus bas que les États‑Unis, avec un rendement des obligations à 10 ans d’environ 4,3 % contre 5 % pour les Treasury américains. Cette amélioration, impossible à imaginer pendant la crise de la dette de 2012, constitue un argument de poids pour les investisseurs.
Le gouvernement a également investi près de 36 milliards d’euros provenant du fonds de relance post‑COVID de l’UE dans les infrastructures numériques. Parmi les projets phares :
- Un portail en ligne permettant aux citoyens de gérer leurs démarches administratives sans se rendre en agence.
- Un superordinateur, assemblé avec le soutien de Hewlett Packard Enterprise, qui devrait être opérationnel d’ici quelques mois pour soutenir la recherche en IA et en sciences.
Sur le plan fiscal, la Grèce a revu la taxation des stock‑options, assoupli la législation du travail et propose des réductions d’impôt aux Grecs de retour pour une durée pouvant aller jusqu’à sept ans. Le pays développe également plusieurs programmes de visas destinés aux talents étrangers, même si le Premier ministre reconnaît que la rapidité de traitement reste à améliorer.
L’IA au centre des débats sociétaux en Grèce
Lorsque la discussion s’est orientée vers l’intelligence artificielle, Mitsotakis a fait preuve d’une franchise rare. Il a admis que la Grèce n’a pas encore de plan complet pour faire face aux enjeux de l’IA, tout en présentant les initiatives déjà en cours. Le pays a, par exemple, lancé un projet pilote avec OpenAI visant à alléger la charge administrative des enseignants, et explore le potentiel des tuteurs personnalisés alimentés par l’IA.
Parmi les mesures controversées, la Grèce prévoit d’interdire les réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans dès janvier prochain. Le Premier ministre a toutefois souligné que cette interdiction pourrait déjà être dépassée par l’attrait des chatbots et des compagnons numériques, déclarant : « Nous combattons déjà la bataille d’hier. » Il a également mis en garde contre l’utilisation des IA pour tricher dans les devoirs, rappelant que la « complaisance est un trait humain. »
Sur le plan de l’infrastructure, la Grèce se positionne comme un outlier. Malgré les critiques mondiales concernant la consommation énergétique des data‑centers, le pays n’a pas connu d’opposition majeure. Microsoft construit un cluster près d’Athènes, et AWS a conclu un accord avec le principal fournisseur d’électricité grec pour ériger le plus grand data‑center du pays dans une ancienne zone charbonnière.
Vers une régulation et une souveraineté numérique
Concernant la régulation, Mitsotakis a exprimé son soutien aux appels des laboratoires de pointe à ralentir le développement de l’IA tant que leurs impacts restent incertains. Il estime que les États‑Unis joueront un rôle déterminant dans la forme que prendra cette « régulation intelligente », mais la Grèce se tient prête à accueillir les débats internationaux.
Le Premier ministre a conclu en rappelant le rôle historique d’Athènes comme lieu de réflexion philosophique. Il a proposé que les techniciens, les scientifiques, les philosophes et les historiens se réunissent dans la capitale pour débattre des questions fondamentales soulevées par l’IA, telles que la définition même de l’humanité.
En résumé, la visite de Kyriakos Mitsotakis à la Silicon Valley a servi de vitrine pour les avancées économiques et technologiques de la Grèce, tout en soulignant les défis sociétaux que pose l’intelligence artificielle. Entre réformes fiscales, investissements dans les infrastructures numériques et une volonté d’engager le débat public, le pays cherche à se repositionner comme un acteur attractif et responsable dans le paysage technologique mondial.