Le président américain Donald Trump a récemment pris la parole sur le sujet de l’intelligence artificielle (IA) en lançant un appel à la communauté pour rebaptiser la technologie et en évoquant la mise en place d’une nouvelle branche militaire, la « AI Force ». Ses déclarations, diffusées sur le réseau social Truth Social, s’inscrivent dans le cadre d’un débat plus large sur la régulation et la perception de l’IA aux États-Unis.
Un sondage pour renommer l’intelligence artificielle
Dans un premier temps, Trump a remis en question la pertinence du terme « Artificial Intelligence », le jugeant « inélégant » et « inexact ». Il a proposé à ses abonnés de choisir un nouveau nom parmi trois options, présentées dans un sondage en ligne :
- Superior Intelligence
- Extreme Intelligence
- Supreme Intelligence
Le sondage reste ouvert au moment de la rédaction de cet article, reflétant l’intérêt de certains internautes pour une terminologie perçue comme plus valorisante ou moins technique.
Accusations de désinformation et contexte politique
Parallèlement à ce sondage, le président a qualifié les critiques de l’IA de « hoax » orchestrés par la « Radical Left Dumocrats ». Il a placé ces accusations dans une liste plus large de théories du complot, incluant des sujets tels que la guerre en Ukraine, le réchauffement climatique ou les débats sur le sport et le genre. Trump a affirmé que ces attaques visaient à « décimer » l’IA, tout comme les précédentes campagnes contre les data centers.
Il n’a toutefois fourni aucune preuve concrète pour étayer ces affirmations. Le débat sur les data centers, notamment la décision de l’État de New York de suspendre les permis de grands projets, montre que les préoccupations environnementales et de souveraineté technologique sont réelles et débattues au sein du Congrès, tant par les Républicains que par les Démocrates.
La création d’une « AI Force » et le rôle d’un futur « AI Czar »
Dans un second volet de son intervention, Trump a annoncé son intention de créer une « AI Force », s’inspirant du modèle de la Space Force instaurée lors de son premier mandat. Selon ses propos, cette nouvelle entité aurait pour mission de « chérir » l’industrie de l’IA, de la soutenir et de la surveiller au fur et à mesure de son expansion.
Le président a également évoqué la nomination prochaine d’un « AI Czar », invitant les personnes à haut QI à postuler. Les fonctions exactes de ce poste restent floues, mais il s’agit clairement d’une tentative de placer le gouvernement fédéral au cœur de la gouvernance de l’IA, à l’instar des postes de « Czar » créés pour le cyberespace ou les infrastructures critiques.
Il convient de rappeler que David Sacks, qui occupait précédemment le rôle de « AI and Crypto Czar », a quitté ce poste pour co-présider le Conseil des conseillers du président sur la science et la technologie. Cette rotation montre que le gouvernement explore encore la meilleure manière d’intégrer l’expertise du secteur privé dans ses structures décisionnelles.
Réactions du secteur technologique
Les dirigeants du secteur de la technologie ont rapidement réagi aux propos de Trump. Jensen Huang, PDG de Nvidia, a confirmé lors d’une conférence que le backlash contre l’IA était, selon lui, un « hoax » et a exprimé son soutien à l’idée d’éviter tout ralentissement de l’innovation. De même, Sam Altman, PDG d’OpenAI, et Elon Musk, PDG de SpaceX, ont publiquement soutenu les initiatives visant à « modérer le rythme » du développement de l’IA, tout en insistant sur la nécessité de garder un contrôle prudent.
Par ailleurs, le débat sur les risques existentiels de l’IA s’est intensifié après le départ d’un chercheur d’Anthropic, qui a évoqué la crainte que les grandes entreprises d’IA puissent, d’ici la fin de la décennie, représenter une menace pour l’humanité. Cette inquiétude a conduit le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, à publier un plan visant à « ralentir la frontière » de l’innovation, une proposition qui a trouvé un écho chez plusieurs acteurs du secteur.
Les critiques soulignent toutefois que les discussions sur les menaces existentielles détournent l’attention des dommages plus immédiats, tels que les biais algorithmiques, la désinformation ou les impacts sur l’emploi. Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a rappelé que l’industrie ne doit pas se laisser freiner par des théories non fondées, mais plutôt se concentrer sur des régulations équilibrées et des standards de sécurité.
Perspectives pour l’avenir
Si le projet de « AI Force » se concrétise, il pourrait représenter une nouvelle forme de gouvernance militaire appliquée aux technologies de pointe. Cependant, l’absence de détails sur son mandat, son budget et son cadre juridique soulève des questions quant à son efficacité et à son impact sur la coopération internationale en matière d’IA.
En attendant, le sondage lancé par Trump pour renommer l’intelligence artificielle reste un indicateur de la manière dont la terminologie peut influencer la perception publique. Que ce soit « Superior Intelligence », « Extreme Intelligence » ou « Supreme Intelligence », le choix du vocabulaire reflète les enjeux de légitimité et de confiance que les acteurs politiques et industriels cherchent à maîtriser.
En définitive, les déclarations de Trump illustrent la complexité du dialogue entre le pouvoir exécutif, le secteur technologique et le public autour de l’IA. Alors que les débats sur la régulation et la sécurité continuent, la question centrale demeure : comment concilier innovation rapide et responsabilité sociétale sans céder à la polarisation politique ?